Cet article accompagne ma vidéo de la semaine, dans la série des histoires de l'argent. Si tu veux d'abord comprendre ce qu'est un krach en général, lis mon guide sur le krach boursier, puis reviens ici pour le plus célèbre d'entre eux.

Couverture Julien Invest : 1929, le krach qui a piégé les acheteurs à crédit, dans la série Les histoires de l'argent
Les histoires de l'argent, la vidéo du mercredi
Au sommaire
  1. Les années folles : une Bourse qui ne semble jamais redescendre
  2. Acheter des actions à crédit : comment fonctionnait le piège
  3. Jeudi noir, lundi noir, mardi noir : les jours qui ont fait basculer Wall Street
  4. Jusqu'où la Bourse est tombée : 89 % de baisse
  5. La légende des 25 ans : un chiffre vrai, mais trompeur
  6. Pourquoi l'emprunt a rendu ce krach fatal pour tant d'investisseurs
  7. Le même piège existe toujours aujourd'hui
  8. Méthode : se protéger d'un krach en quatre étapes
  9. Les erreurs fréquentes quand on pense aux krachs
  10. Passer à l'action
  11. Questions fréquentes

Les années folles : une Bourse qui ne semble jamais redescendre

Pour comprendre 1929, il faut d'abord comprendre l'ambiance des années 1920 aux États-Unis. L'économie tourne à plein régime, l'automobile, la radio et l'électricité entrent dans les foyers, et la Bourse devient un sujet de conversation comme un autre. On l'appellera plus tard l'époque des années folles.

Les chiffres donnent le vertige. Selon Federal Reserve History, le site d'histoire de la banque centrale américaine, l'indice Dow Jones passe de 63 points en août 1921 à 381 points en septembre 1929. En huit ans, il est multiplié par six. Son sommet est atteint le 3 septembre 1929, à 381,17 points.

Le Dow Jones, c'est un indice qui suit le cours d'un panier de grandes entreprises américaines. Quand il monte, cela veut dire que, en moyenne, les actions de ces entreprises valent plus cher. Après huit ans de hausse presque continue, beaucoup d'Américains finissent par croire que la Bourse ne peut que monter. Et quand on croit qu'une chose ne peut que monter, on a envie d'en acheter le plus possible, même sans en avoir les moyens.

Acheter des actions à crédit : comment fonctionnait le piège

C'est là qu'intervient le mécanisme au cœur de cette histoire : l'achat d'actions à crédit, qu'on appelle aussi l'achat sur marge. Le principe est simple. Tu apportes une petite partie du prix, et ton courtier te prête le reste. Les actions achetées servent de garantie au prêt.

Selon History.com et PBS, il suffisait parfois d'apporter 10 % du prix. Concrètement, avec 100 dollars en poche, tu pouvais acheter pour 1 000 dollars d'actions : 100 dollars à toi, 900 dollars prêtés par le courtier. Certains historiens rappellent que les courtiers ont durci ces conditions en 1929, en demandant un apport plus important, mais le principe restait le même.

Quand ça monte, c'est magique

Imagine que tes 1 000 dollars d'actions prennent 10 %. Elles valent maintenant 1 100 dollars. Tu rembourses les 900 dollars prêtés, il te reste 200 dollars. Ta mise de départ a doublé, alors que la Bourse n'a pris que 10 %. C'est ce qu'on appelle l'effet de levier : avec un apport de 10 %, tes gains sont en quelque sorte multipliés par dix.

Quand ça baisse, c'est brutal

Le levier fonctionne exactement de la même façon dans l'autre sens. Si tes 1 000 dollars d'actions perdent 10 %, elles ne valent plus que 900 dollars. C'est précisément la somme que tu dois au courtier. Ta mise de 100 dollars a entièrement disparu, alors que la Bourse n'a baissé que de 10 %. Et si la baisse continue, tu dois de l'argent à ton courtier en plus d'avoir tout perdu.

J'explique ce mécanisme plus en détail, avec des exemples d'aujourd'hui, dans mon article sur l'effet de levier.

Jeudi noir, lundi noir, mardi noir : les jours qui ont fait basculer Wall Street

Après le sommet de septembre, la Bourse commence à hésiter. Puis tout s'accélère fin octobre.

Le jeudi 24 octobre 1929, le jeudi noir

C'est le jour où la panique commence vraiment, selon Britannica. Les ordres de vente s'accumulent, les cours décrochent, et l'inquiétude gagne toute la place financière de New York.

Le lundi 28 octobre 1929, le lundi noir

Le lundi suivant, la chute reprend de plus belle. Selon Federal Reserve History, le Dow Jones perd près de 13 % en une seule journée.

Le mardi 29 octobre 1929, le mardi noir

Le lendemain, rebelote : le Dow Jones perd encore près de 12 %. Selon Britannica, 16,4 millions d'actions changent de main à la Bourse de New York ce jour là, presque le double du record précédent. Tout le monde veut vendre en même temps.

Le rôle du crédit dans la panique

Pourquoi tout le monde vend en même temps ? En grande partie à cause du crédit. Quand les cours baissent, la garantie des prêts fond. Les courtiers réclament alors leur argent, ou exigent que l'investisseur remette des fonds. Celui qui ne peut pas payer voit ses actions vendues, quel que soit le prix. Ces ventes forcées font encore baisser les cours, ce qui déclenche de nouvelles demandes de remboursement, et ainsi de suite. Le crédit transforme une baisse en avalanche.

Jusqu'où la Bourse est tombée : 89 % de baisse

Le pire, c'est que la chute ne s'arrête pas fin octobre 1929. La crise boursière se transforme en crise économique, la Grande Dépression, et les cours continuent de baisser pendant près de trois ans.

Selon Federal Reserve History, le Dow Jones touche son point le plus bas le 8 juillet 1932, à 41,22 points. Par rapport au sommet de 381,17 points, c'est une baisse de 89 %. Pour te donner une idée, 1 000 dollars investis au sommet n'en valaient plus qu'environ 110 au plus bas, sur la seule base de l'indice.

Et ensuite ? Le Dow Jones ne retrouve son niveau de septembre 1929 que le 23 novembre 1954, toujours selon Federal Reserve History et Britannica. Soit 25 ans plus tard. C'est ce chiffre qui a forgé la réputation du krach de 1929 : un quart de siècle pour revenir au point de départ.

La légende des 25 ans : un chiffre vrai, mais trompeur

Ces 25 ans sont exacts si l'on regarde uniquement les points de l'indice Dow Jones. Mais ils racontent une histoire un peu trop noire, pour deux raisons que de nombreux analystes ont soulignées, dont le chroniqueur Mark Hulbert dans le New York Times en 2009.

Les dividendes oubliés

Un indice comme le Dow Jones ne mesure que le prix des actions. Il ne compte pas les dividendes, c'est à dire la part des bénéfices que les entreprises versent chaque année à leurs actionnaires. Or un actionnaire qui gardait ses actions continuait à toucher ces dividendes, et pouvait les réinvestir. Je détaille ce point dans mon article sur les dividendes et les ETF.

La baisse des prix oubliée

Dans les années qui suivent le krach, les prix à la consommation baissent aux États-Unis. Avec un dollar, on pouvait donc acheter davantage de choses qu'en 1929. Regarder l'indice sans tenir compte de cette baisse des prix exagère la perte réelle de pouvoir d'achat.

Ce que ça change

En tenant compte des dividendes réinvestis et de la baisse des prix, l'attente a été bien plus courte que 25 ans. Les estimations varient beaucoup selon la méthode et les données utilisées, et c'est pour cela que je ne retiens pas une date précise. Mais toutes vont dans le même sens : pour un investisseur qui avait acheté sans dette et qui a pu garder ses actions, le krach de 1929 a été une épreuve terrible, mais pas une perte définitive sur un quart de siècle.

Il faut rester prudent avec cette nuance. Elle suppose d'avoir tenu bon pendant des années de crise, de chômage et de faillites bancaires, ce que beaucoup de gens n'ont pas pu faire. Et elle ne promet rien pour le prochain krach : les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Pourquoi l'emprunt a rendu ce krach fatal pour tant d'investisseurs

Tout le monde a souffert du krach de 1929. Mais tout le monde ne l'a pas vécu de la même façon, et la différence tient en grande partie à une question : avais tu emprunté pour investir ?

L'investisseur qui avait acheté avec son propre argent a vu son portefeuille fondre, c'est vrai. Mais personne ne pouvait l'obliger à vendre. Il pouvait attendre, continuer à toucher des dividendes, et laisser le temps faire son travail.

L'investisseur qui avait acheté à crédit, lui, n'avait pas ce choix. Dès que la baisse dépassait son apport, son courtier pouvait vendre ses actions pour se rembourser, souvent au pire moment, tout près du plus bas. Sa perte devenait alors définitive : il ne profiterait jamais de la remontée, puisqu'il n'avait plus d'actions.

C'est toute la leçon de cette histoire. Un krach fait mal à tout le monde, mais l'emprunt peut le rendre fatal. Sans dette, tu peux attendre que l'orage passe. À crédit, c'est ton courtier qui décide quand tu vends.

Le même piège existe toujours aujourd'hui

On pourrait croire que cette histoire appartient au passé. Ce n'est pas le cas. L'achat à crédit existe toujours, sous des formes plus modernes et souvent plus discrètes.

  • Les produits à effet de levier proposés par certaines plateformes, qui multiplient les gains comme les pertes.
  • Le crédit à la consommation utilisé pour investir, par exemple pour acheter des actions ou des cryptomonnaies avec un prêt personnel.
  • L'investissement de l'argent dont tu auras besoin bientôt : ce n'est pas un emprunt au sens strict, mais l'effet est le même. Si tu dois vendre au mauvais moment pour payer une dépense, c'est la vie qui décide à ta place.

Dans tous ces cas, le problème n'est pas la Bourse elle même. C'est d'être obligé de vendre pendant une baisse. Si tu hésites entre rembourser une dette et investir, j'ai écrit un article dédié : rembourser ses dettes ou investir.

Méthode : se protéger d'un krach en quatre étapes

Tu ne peux pas empêcher un krach. Tu peux en revanche faire en sorte qu'il ne t'oblige jamais à vendre. Voici une méthode simple, inspirée directement des erreurs de 1929.

Étape 1 : constitue d'abord une épargne de précaution

Avant d'investir en Bourse, mets de côté quelques mois de dépenses sur un livret disponible à tout moment. C'est cette réserve qui te permettra de faire face à un imprévu sans toucher à tes placements pendant une baisse. Mon guide sur le fonds d'urgence t'aide à calculer le bon montant.

Étape 2 : n'investis que de l'argent dont tu n'as pas besoin avant longtemps

La Bourse est un placement de long terme. L'argent dont tu auras besoin dans un, deux ou trois ans n'a rien à y faire, car tu risques de devoir vendre au pire moment.

Étape 3 : n'emprunte jamais pour acheter des actions

C'est la leçon centrale de 1929. Sans dette, une baisse reste une baisse sur le papier. Avec une dette, elle peut devenir une perte définitive.

Étape 4 : investis régulièrement plutôt que tout d'un coup

Investir une somme fixe chaque mois permet de lisser ton prix d'achat dans le temps, sans avoir à deviner le bon moment. J'explique cette méthode dans mon article sur l'investissement programmé.

Les erreurs fréquentes quand on pense aux krachs

Croire qu'on verra le krach arriver. En septembre 1929, la Bourse était à son sommet et la plupart des investisseurs étaient optimistes. Personne ne sonne la cloche avant une chute.

Vendre dans la panique. C'est souvent la vente précipitée, forcée ou non, qui transforme une perte temporaire en perte définitive.

Retenir seulement le chiffre des 25 ans. Il est vrai pour l'indice seul, mais il oublie les dividendes et l'évolution des prix. Ce n'est pas une raison pour ne jamais investir.

Penser qu'un levier modéré est sans danger. Même un petit levier peut te forcer à vendre lors d'une baisse forte. Le risque ne se voit qu'au moment où il est trop tard.

Passer à l'action

La leçon du krach de 1929 tient en une phrase : n'investis jamais en Bourse avec de l'argent emprunté. Appliquée à ton épargne, elle se traduit très concrètement. Commence par une réserve de précaution, n'investis que l'argent dont tu n'auras pas besoin avant plusieurs années, et choisis un niveau de risque qui te permettra de ne pas vendre si les marchés chutent fortement.

Ce niveau de risque dépend de toi : de ton âge, de tes projets, de ta situation et de ta réaction face aux baisses. Pour y voir plus clair, tu peux faire mon test gratuit de profil d'investisseur. En quelques minutes, il t'aide à savoir quelle part de risque tu peux vraiment supporter, avant le prochain orage.

Questions fréquentes

Combien le Dow Jones a-t-il perdu lors du krach de 1929 ?

Selon Federal Reserve History, le Dow Jones a perdu près de 13 % le lundi 28 octobre 1929 et près de 12 % le mardi 29 octobre. Entre son sommet du 3 septembre 1929 (381,17 points) et son plus bas du 8 juillet 1932 (41,22 points), la baisse atteint 89 %.

Combien de temps a-t-il fallu pour se remettre du krach de 1929 ?

Le Dow Jones n'a retrouvé son sommet de 1929 que le 23 novembre 1954, soit 25 ans plus tard. Mais ce chiffre ne compte ni les dividendes versés aux actionnaires ni la baisse des prix qui a suivi le krach. En les comptant, l'attente a été bien plus courte, même si les estimations varient selon la méthode.

Qu'est-ce que l'achat d'actions sur marge ?

C'est acheter des actions en empruntant une partie du prix à son courtier. Dans les années 1920, il suffisait parfois d'apporter 10 % du prix. Ce levier multiplie les gains quand la Bourse monte, mais une baisse de 10 % suffit alors à effacer toute la mise de départ.

Un krach comme celui de 1929 peut-il se reproduire ?

Personne ne peut prévoir un krach. Les règles des marchés ont beaucoup changé depuis 1929, mais des baisses fortes restent possibles. La meilleure protection est de ne pas être obligé de vendre : une épargne de précaution, pas d'emprunt pour investir, et un horizon de placement long.

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★ Ce qu'il faut retenir
  • En huit ans, de 1921 à 1929, le Dow Jones est multiplié par six, et beaucoup d'investisseurs achètent leurs actions à crédit.
  • Fin octobre 1929, le Dow Jones perd près de 13 % le lundi noir et près de 12 % le mardi noir.
  • Au plus bas, en juillet 1932, l'indice a perdu 89 % depuis son sommet, et il ne le retrouve qu'en 1954.
  • Ces 25 ans oublient les dividendes et la baisse des prix : en les comptant, l'attente a été bien plus courte.
  • La leçon : un krach fait mal à tout le monde, mais l'emprunt peut le rendre fatal. N'investis jamais avec de l'argent emprunté.

Sources

Contenu éducatif, pas un conseil en investissement. Investir comporte un risque de perte en capital ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

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