Il existe un moment que les guides d'investissement sautent systématiquement. Tu as ouvert ton PEA, tu as viré de l'argent dessus, tu as choisi ton ETF. Et là, tu te retrouves devant un écran qui te demande un type d'ordre, une quantité, une limite de cours et une durée de validité. Beaucoup de gens s'arrêtent là, referment l'application, et laissent l'argent dormir plusieurs mois. Cet article règle ce moment précis. À la fin, tu sauras lire un carnet d'ordres, choisir le bon type d'ordre selon la situation, et passer l'opération sans mauvaise surprise.

Au sommaire
  1. Ce qu'il faut avoir fait avant
  2. Lire un carnet d'ordres
  3. Les trois types d'ordres qui comptent
  4. Lequel choisir selon la situation
  5. Passer l'ordre, champ par champ
  6. Horaires, fixing et le piège de l'ouverture
  7. Ce que l'ordre te coûte
  8. Les erreurs classiques du premier ordre

Ce qu'il faut avoir fait avant

Trois choses doivent être réglées avant d'ouvrir l'écran de passage d'ordre, sinon tu prends une décision technique alors que le problème est ailleurs.

Ton fonds d'urgence doit être constitué, à hauteur de trois à six mois de dépenses sur un livret. Investir avec de l'argent dont tu peux avoir besoin dans six mois, c'est se condamner à vendre au mauvais moment.

Ton enveloppe doit être la bonne. Pour des actions et des ETF européens ou éligibles, le PEA l'emporte presque toujours sur le compte-titres. Le raisonnement complet est dans PEA vs CTO.

Et tu dois savoir quoi acheter, avec son code ISIN sous les yeux. Un ETF se cherche par son ISIN, pas par son nom : plusieurs versions du même indice coexistent, avec des devises, des politiques de dividendes et des places de cotation différentes.

Lire un carnet d'ordres

Le carnet d'ordres est simplement la liste de ce que les autres proposent en ce moment. À gauche, les acheteurs et leurs prix. À droite, les vendeurs et les leurs. Une transaction a lieu quand les deux se rejoignent.

Deux chiffres suffisent à le lire. Le meilleur prix acheteur, souvent appelé bid, est le prix le plus élevé qu'un acheteur accepte de payer maintenant. Le meilleur prix vendeur, ou ask, est le prix le plus bas qu'un vendeur accepte. L'écart entre les deux s'appelle le spread.

Ce spread est un coût réel, invisible sur ton relevé. Si tu achètes au prix vendeur et que tu revendais immédiatement au prix acheteur, tu perdrais cet écart. Sur un gros ETF très échangé, il est négligeable, quelques centimes sur cent euros. Sur une petite ligne peu liquide, il peut atteindre plusieurs pour cent, ce qui coûte bien plus cher que les frais de courtage.

Un carnet d'ordres, en clair
Les acheteurs à gauche, les vendeurs à droite. Le spread est l'écart entre les deux meilleures propositions.
ACHETEURS VENDEURS 312 parts99,84 € 210 parts99,82 € 96 parts99,79 € 99,91 €274 parts 99,94 €188 parts 99,97 €120 parts SPREAD 0,07 € soit 0,07 % Si tu vends maintenant : tu obtiens 99,84 € Si tu achètes maintenant : tu paies 99,91 €

Les trois types d'ordres qui comptent

Les courtiers en proposent parfois huit ou dix. Trois suffisent à couvrir la quasi-totalité des besoins d'un investisseur long terme.

L'ordre au marché. Tu demandes une exécution immédiate au meilleur prix disponible. Tu es certain d'être exécuté, tu n'es pas certain du prix. Sur un titre très liquide en pleine séance, l'écart avec le prix affiché est négligeable. Sur un titre peu échangé, ou juste à l'ouverture, il peut être désagréable.

L'ordre à cours limité. Tu fixes un prix maximum à l'achat, ou minimum à la vente. Tu es certain du prix, tu n'es pas certain d'être exécuté. Si le marché ne vient jamais à ton prix, l'ordre reste en attente puis expire. C'est l'ordre par défaut d'un investisseur prudent.

L'ordre à seuil de déclenchement. Il ne se réveille que si le cours franchit un seuil que tu as fixé, et devient alors un ordre au marché. Il sert essentiellement à protéger une position existante. Pour un investisseur en ETF à horizon long, il est rarement utile, et il peut même nuire en déclenchant une vente pendant une baisse temporaire.

Type d'ordreTu maîtrisesTu ne maîtrises pasQuand l'utiliser
Au marchéL'exécutionLe prixTitre très liquide, en pleine séance, montant modeste
À cours limitéLe prixL'exécutionLe choix par défaut, surtout au-delà de quelques centaines d'euros
À seuil de déclenchementLe niveau d'activationLe prix finalProtéger une position, rarement utile en gestion passive

Lequel choisir selon la situation

La règle tient en deux lignes. Pour un achat mensuel modeste sur un gros ETF, en pleine séance, l'ordre au marché est parfaitement acceptable et il t'évite de gérer un ordre non exécuté. Pour tout montant qui compte à tes yeux, ou sur un support moins échangé, l'ordre à cours limité est le bon réflexe.

En pratique, un bon compromis consiste à placer une limite légèrement au-dessus du meilleur prix vendeur affiché, par exemple deux ou trois dixièmes de pour cent. Tu obtiens une exécution quasi certaine tout en te protégeant d'un décrochage brutal pendant que tu valides.

Le cas du versement programmé : si ton courtier propose un plan d'investissement automatique sur ETF, utilise-le. Il exécute pour toi, souvent sans frais, et il supprime la question du type d'ordre comme celle du moment d'achat. C'est la traduction concrète de la méthode DCA.

Passer l'ordre, champ par champ

L'écran change d'un courtier à l'autre, les champs sont toujours les mêmes.

Le titre. Colle l'ISIN, jamais le nom. Vérifie ensuite la place de cotation proposée : le même ETF coté à Paris et à Amsterdam n'implique pas les mêmes frais ni la même devise de règlement.

Le sens. Achat ou vente. C'est évident jusqu'au jour où ça ne l'est pas, à trois heures du matin.

La quantité. En nombre de parts, parfois en montant si le courtier autorise les fractions. Attention à ne pas viser exactement ton solde disponible : les frais de courtage s'ajoutent par-dessus et l'ordre serait rejeté.

Le type d'ordre et la limite. Vu à la section précédente.

La durée de validité. Jour, c'est-à-dire annulé le soir même s'il n'est pas exécuté, ou à date déterminée. Pour un premier ordre, la validité jour évite les surprises d'un ordre oublié qui s'exécute trois semaines plus tard.

Avant de valider, relis le récapitulatif. Le montant total affiché doit inclure les frais et correspondre à ce que tu attends.

Horaires, fixing et le piège de l'ouverture

La bourse de Paris cote en continu de 9 h à 17 h 30, avec une phase d'ouverture et une phase de clôture particulières. Un ordre passé en dehors de ces heures est simplement mis en file d'attente pour la séance suivante.

Le piège classique du débutant est de passer un ordre au marché juste à l'ouverture. Dans les premières minutes, les écarts sont larges, les prix bougent vite, et le carnet est déséquilibré. C'est le pire moment pour laisser au marché le soin de choisir ton prix. Si tu passes un ordre au marché, fais-le en milieu de séance, quand les échanges sont réguliers.

Il existe aussi des titres qui ne cotent qu'une ou deux fois par jour, au fixing. Beaucoup de petits ETF ou de valeurs peu échangées fonctionnent ainsi. Ton ordre ne s'exécutera qu'au prochain fixing, ce qui est normal et sans gravité, à condition de ne pas s'inquiéter en voyant l'ordre en attente pendant des heures.

Ce que l'ordre te coûte

Trois couches se cumulent, et elles ne sont pas toutes visibles.

Les frais de courtage, affichés par ton courtier. Chez les acteurs récents, un euro par ordre ou zéro. Chez les banques traditionnelles, souvent un pourcentage avec un minimum, ce qui pénalise fortement les petits ordres réguliers.

Le spread, invisible mais réel, vu plus haut. Sur un ETF monde très échangé, il est de l'ordre de quelques centièmes de pour cent. Sur une ligne exotique, il peut dépasser le pour cent.

Et pour un titre libellé dans une autre devise, les frais de change, parfois facturés séparément, parfois intégrés dans un taux moins favorable. Une bonne raison de privilégier les ETF cotés en euros quand ils existent. L'ensemble du sujet est développé dans l'article sur les frais.

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Les erreurs classiques du premier ordre

La plus fréquente est d'acheter le mauvais support parce qu'on a cherché par nom plutôt que par ISIN. Deux ETF au nom presque identique peuvent avoir des frais du simple au triple et des éligibilités différentes.

La deuxième est l'ordre au marché sur un titre peu liquide, qui s'exécute plusieurs pour cent au-dessus du dernier cours affiché.

La troisième est l'ordre à cours limité placé trop loin du marché, qui n'est jamais exécuté, qu'on oublie, et qui laisse l'argent dormir pendant des semaines.

La quatrième est de découper un versement mensuel en plusieurs petits ordres chez un courtier qui facture un minimum par opération. Un seul ordre par mois coûte souvent moins cher que trois.

La cinquième, la plus coûteuse sur la durée, est de repasser tous les jours vérifier le cours après avoir acheté. Le geste technique est simple, c'est la suite qui demande du caractère, et c'est le sujet de l'article sur la psychologie de l'investisseur.

Questions fréquentes

Ordre au marché ou ordre à cours limité pour un débutant ?

À cours limité dans la plupart des cas. Tu maîtrises alors le prix payé, au risque que l'ordre ne soit pas exécuté si le marché ne vient pas à ton niveau. L'ordre au marché reste acceptable pour un petit montant sur un ETF très échangé, en milieu de séance. Un bon compromis consiste à placer une limite deux ou trois dixièmes de pour cent au-dessus du meilleur prix vendeur affiché.

Qu'est-ce que le spread et combien ça coûte ?

C'est l'écart entre le meilleur prix acheteur et le meilleur prix vendeur à un instant donné. C'est un coût réel qui n'apparaît sur aucun relevé : si tu achetais puis revendais immédiatement, tu perdrais cet écart. Sur un gros ETF monde, il représente quelques centièmes de pour cent. Sur un support peu échangé, il peut dépasser le pour cent, soit bien plus que les frais de courtage.

Pourquoi mon ordre n'est-il pas exécuté ?

Trois causes possibles. Ta limite est trop éloignée du marché et personne ne vend à ce prix. Le titre ne cote qu'au fixing, une ou deux fois par jour, et il faut attendre la prochaine séance de fixation. Ou ton solde disponible ne couvre pas le montant plus les frais de courtage, auquel cas l'ordre est rejeté.

À quelle heure passer un ordre de bourse ?

En milieu de séance, entre 10 h et 17 h sur la bourse de Paris. Évite les premières minutes après 9 h : les écarts sont larges, les prix instables et le carnet déséquilibré, ce qui est le pire contexte pour un ordre au marché. Un ordre passé le soir ou le week-end est simplement mis en attente pour la séance suivante.

Faut-il chercher un ETF par son nom ou par son ISIN ?

Toujours par son ISIN. Plusieurs versions du même indice coexistent, avec des devises, des politiques de dividendes, des places de cotation et des frais différents, sous des noms presque identiques. L'ISIN est le seul identifiant qui désigne exactement le support que tu as choisi.

Combien coûte un ordre de bourse en 2026 ?

Chez les courtiers récents, un euro par ordre ou la gratuité, sans droits de garde. Chez les banques traditionnelles, un pourcentage du montant avec un minimum de plusieurs euros, ce qui pénalise lourdement les versements mensuels modestes. À cela s'ajoutent le spread, et les éventuels frais de change si le titre est libellé dans une autre devise.

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★ Ce qu'il faut retenir
  • Trois types d'ordres suffisent : au marché pour l'exécution certaine, à cours limité pour le prix certain, à seuil pour protéger une position.
  • Cherche toujours ton ETF par son ISIN. Les noms se ressemblent, les frais et les éligibilités non.
  • Le spread est un coût invisible : négligeable sur un gros ETF, il peut dépasser le pour cent sur un support peu échangé.
  • Ne passe jamais un ordre au marché dans les premières minutes de la séance, c'est le moment où les écarts sont les plus larges.
  • Si ton courtier propose un versement programmé sur ETF, utilise-le : il supprime à la fois la question du type d'ordre et celle du moment.

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